LLM : Choisir entre Open Source et Propriétaire

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À l’heure où les intelligences artificielles génératives transforment les organisations, la question de la confidentialité des données devient primordiale. Le dilemme est le suivant : externaliser le traitement de vos informations sensibles vers des services tiers ou maîtriser votre propre modèle d’IA ? Ce choix déterminera votre capacité à protéger vos actifs informationnels et à garantir votre autonomie.
Une IA se basant sur un modèle LLM, quels sont les modèles à notre disposition et quels en sont les usages ?


1. Qu’est-ce qu’un Grand Modèle de Langage (LLM) ?

Un Grand Modèle de Langage (LLM pour Large Language Model) est un modèle d’intelligence artificielle capable de comprendre et de générer du texte en langage naturel. Il s’agit d’un réseau de neurones profond entraîné sur de vastes quantités de données textuelles pour maîtriser les subtilités du langage humain.

Caractéristiques principales :

  • Taille et paramètres : Les LLM sont qualifiés de « grands » car ils possèdent un nombre considérable de paramètres – généralement plus d’un milliard. Ces paramètres constituent la « banque de connaissances » du modèle, comparable aux souvenirs que collecte la mémoire humaine lors de l’apprentissage.
  • Données d’entraînement massives : Ces modèles sont entraînés sur d’énormes corpus de données textuelles provenant d’Internet, incluant des milliers ou millions de gigaoctets de texte. Les sources comprennent la littérature, les contenus web, l’actualité, et parfois des bases comme Common Crawl (plus de 50 milliards de pages web) …

Les LLM fonctionnent en prédisant le mot suivant dans une séquence. Ils analysent le texte d’entrée et utilisent leurs connaissances acquises lors de l’entraînement pour générer une sortie cohérente et pertinente. Imaginez que vous jouez à un jeu où vous devez deviner le mot suivant dans une phrase. Un LLM fait quelque chose de similaire, mais à une échelle beaucoup plus grande et avec une précision impressionnante.


2. Pourquoi existe-t-il différents types de LLM ?

Les modèles de langage de grande taille (LLM) se sont diversifiés pour répondre à des besoins très variés et des contraintes techniques différentes.

Cette diversité s’explique par plusieurs facteurs clés : d’abord, les ressources computationnelles disponibles varient énormément entre un smartphone, un serveur d’entreprise et un datacenter géant, nécessitant des modèles de tailles différentes (de 270M à 405B de paramètres).

Ensuite, les cas d’usage sont multiples : certains privilégient la rapidité pour du chat temps réel, d’autres la précision pour de l’analyse juridique, ou encore la multimodalité pour traiter images et texte simultanément.

Les philosophies d’entreprise influencent aussi cette diversité : Meta mise sur l’open source pour créer un écosystème, OpenAI sur la recherche de pointe payante, Google sur l’intégration à ses services.

Enfin, les contraintes réglementaires et de souveraineté poussent au développement de solutions locales comme RAGaRenn, tandis que les spécialisations métier (code, mathématiques, multilingue) demandent des architectures optimisées. Cette richesse permet à chaque organisation de choisir le modèle le mieux adapté à ses besoins, budget et contraintes techniques, expliquant pourquoi le paysage des LLM est si varié et en constante évolution.


3. L’histoire de deux philosophies : Open Source vs Propriétaire

3.1. Les  modèles open source : liberté et transparence

Les modèles open source (ou « open-weights ») sont comme des logiciels libres : vous avez accès au code source et pouvez :

  • Installer et exécuter chez vous : Déployez le modèle sur vos propres serveurs
  • Personnaliser selon vos besoins : Modifiez et fine-tunez pour votre domaine métier
  • Auditer et comprendre : Analysez le fonctionnement interne et les données d’entraînement
  • Maîtriser vos données : Tout reste dans votre infrastructure, zéro fuite externe

Les stars du moment :

  • Llama 3.x (Meta)
  • Gemma 3 (Google)
  • Mixtral (Mistral AI)
  • Qwen2.5 (Alibaba)
  • DeepSeek-R1
  • Phi-4 (Microsoft)

✅ Avantages :

  • Souveraineté totale : Vos données ne quittent jamais vos serveurs
  • Coûts prévisibles : Une fois le matériel acheté, pas de factures surprises
  • Transparence : Vous savez exactement ce qui se passe sous le capot
  • Personnalisation : Adaptez le modèle à votre domaine métier

❌ Inconvénients :

  • Maintenance requise : Il faut gérer l’infrastructure (MLOps, sécurité)
  • Retard technologique : Souvent quelques mois derrière les propriétaires
  • Compétences nécessaires : Besoin d’expertise technique en interne

3.2. Les modèless propriétaires : performance et simplicité

Les modèles propriétaires fonctionnent comme des services cloud avancés. Vous accédez à la puissance via API, mais :

  • Technologie de pointe : Bénéficiez des dernières innovations sans attendre
  • Maintenance zéro : Mises à jour, optimisations et corrections automatiques
  • Écosystème intégré : Vision, audio, outils et intégrations prêts à l’emploi
  • Mais dépendance externe : Vos données transitent par les serveurs du fournisseur

Les maîtres de la technologie :

  • GPT-5 (OpenAI)
  • Claude Sonnet (Anthropic)
  • Gemini (Google)
  • Microsoft Copilot (s’appuie sur GPT d’OpenAI mais avec l’écosystème Microsoft)
  • Grok-2 (xAI)
  • Command R+ (Cohere)

✅ Avantages :

  • Multimodalité native : Vision, audio, vidéo dans un seul modèle
  • Performance de pointe : Les dernières innovations directement accessibles
  • Simplicité d’usage : Une API et c’est parti
  • Écosystème riche : Outils, intégrations, support technique

❌ Inconvénients :

  • Dépendance : Vous êtes à la merci des changements de politique
  • Coûts variables : Les factures peuvent exploser avec l’usage
  • Boîte noire : Impossible de savoir comment vos données sont traitées
  • Conformité complexe : RGPD et réglementations peuvent poser problème

4. Les modèles open source

4.1. Meta Llama 3.1/3.2

Tailles : 1B à 405B, avec vision sur les modèles 11B et 90B

Forces : Écosystème massif, performances équilibrées, versions compactes pour l’edge

Cas d’usage :

  • Assistant d’entreprise généraliste
  • RAG documentaire (analyser vos PDF internes)
  • Vision Q&A (interpréter des schémas techniques)
  • Applications mobiles/edge

Exemple concret : Une université utilise Llama 3.2 11B pour créer un chatbot qui répond aux questions sur le règlement étudiant, sans que les données quittent leurs serveurs.

4.2. Google Gemma 3

Tailles : 270M à 27B, multimodal, 128k tokens de contexte

Forces : Ultra-compact, 140+ langues, multimodal intégré

Cas d’usage :

  • Assistants multilingues locaux
  • RAG pour documentation technique internationale
  • Prototypage sur hardware limité

Exemple concret : Une PME française utilise Gemma 3 12B pour traduire et analyser simultanément des contrats en plusieurs langues, le tout sur un serveur local.

4.3. Mistral/Mixtral

Architecture Mixture-of-Experts : 7B, 8×7B, 8×22B

Forces : Ratio coût/performance exceptionnel, licence permissive Cas d’usage :

  • RAG d’entreprise haute performance
  • Génération de code structuré
  • Assistants multilingues économiques

Exemple concret : Un cabinet juridique utilise Mixtral 8×7B pour analyser des milliers de jurisprudences et générer des synthèses personnalisées.

4.4. Qwen2.5

Jusqu’à 1M tokens de contexte, versions spécialisées Code/Math

Forces : Contexte ultra-long, déclinaisons spécialisées

Cas d’usage :

  • Analyse de documents volumineux (thèses, rapports)
  • Assistant de développement avancé
  • RAG sur corpus techniques massifs

Exemple concret : Un centre de recherche utilise Qwen2.5 1M pour analyser des publications scientifiques complètes et identifier des liens entre différents domaines.

4.5. DeepSeek-R1

Spécialisé raisonnement, versions 6B à 70B

Forces : Raisonnement avancé, excellent en mathématiques et logique

Cas d’usage :

  • Résolution de problèmes complexes
  • Assistant pédagogique en sciences
  • Planification et analyse stratégique

Exemple concret : Une école d’ingénieurs utilise DeepSeek-R1 pour créer un tuteur IA qui guide les étudiants dans la résolution d’exercices de physique, étape par étape.

4.6. Microsoft Phi-4

14B parameters, versions mini et multimodales

Forces : Efficacité remarquable pour sa taille, multimodal

Cas d’usage :

  • Applications embarquées
  • Assistants éducatifs
  • Raisonnement compact

Exemple concret : Une startup développe une application mobile d’aide aux devoirs qui fonctionne entièrement hors-ligne grâce à Phi-4.


5. Les modèles propriétaires

5.1. OpenAI GPT-5

Forces : Multimodal temps réel (texte, image, audio, vidéo)

Cas d’usage :

  • Copilotes multimédias avancés
  • Analyse d’images complexes
  • Assistants vocaux intelligents
  • Création de contenu riche

Exemple concret : Un architecte utilise GPT-5 pour analyser des photos de chantier, identifier les problèmes et générer automatiquement un rapport avec recommandations visuelles.

5.2. Anthropic Claude Sonnet 4

Forces : Raisonnement approfondi, coding agentique, sorties volumineuses

Cas d’usage :

  • Refactoring de code massif
  • Synthèses juridiques/techniques
  • RAG complexe multi-documents

Exemple concret : Une fintech utilise Claude pour analyser et refactoriser automatiquement leur legacy code, générant la documentation technique au passage.

5.3. Google Gemini

Forces : Multimodal étendu, écosystème Google, outils intégrés

Cas d’usage :

  • Workflows automatisés
  • Chaînes d’outils complexes
  • Intégration Google Workspace

5.4. xAI Grok-2

Forces : Accès temps réel à X/Twitter, vision intégrée

Cas d’usage :

  • Veille stratégique
  • Analyse d’actualités
  • Social media intelligence

5.5. Microsoft Copilot

Forces : Intégration native Office 365, GPT-5 optimisé Microsoft, workflow entreprise

Cas d’usage :

  • Productivité bureautique avancée
  • Assistance coding dans Visual Studio
  • Automatisation des tâches Office
  • Agents métier intégrés Windows/Azure

Exemple concret : Un consultant utilise Copilot pour analyser un fichier Excel complexe, générer automatiquement un PowerPoint avec graphiques, puis rédiger l’email de présentation, le tout sans quitter l’écosystème Microsoft.

5.6. Cohere Command R+

Forces : Optimisé pour RAG, 128k contexte, focus entreprise

Cas d’usage :

  • RAG industriel grande échelle
  • FAQ intelligentes
  • Agents avec outils métier

6. Le RAG : une solution sur mesure

Imaginez : Vous voulez que votre IA connaisse parfaitement votre documentation interne, vos procédures, vos clients. Le problème ? Les modèles IA ne connaissent que ce qu’ils ont appris pendant leur entraînement.

La solution : RAG (Retrieval-Augmented Generation)

6.1. Comment ça marche ? Une solution en 4 étapes :

  1. 🥘 Préparation : Découpez vos documents, créez des embeddings (représentations vectorielles), indexez dans une base
  2. 🔎 Recherche : Quand l’utilisateur pose une question, trouvez les passages les plus pertinents
  3. 📝 Augmentation : Ajoutez ces passages au prompt du modèle
  4. ✨ Génération : Le modèle génère une réponse basée sur VOS documents, avec citations

Exemple pratique :

Question : « Quelle est la politique de télétravail ? »

  1. Le système cherche dans vos documents RH
  2. Il trouve le passage pertinent dans le règlement intérieur
  3. Il l’ajoute au contexte du modèle
  4. Le modèle répond : « Selon le règlement intérieur (section 4.2), le télétravail est autorisé 3 jours par semaine… »

Résultat : Zéro hallucination, sources vérifiables, information à jour !

6.2. RAGaRenn : Le RAG universitaire

L’Université de Rennes a créé RAGaRenn, un modèle d’IA souveraine :

🇫🇷 Les Atouts Souverains

  • Hébergement 100% français : Datacenter Eskemm en Bretagne
  • Infrastructure locale : Données qui ne sortent jamais du territoire
  • Mesure d’impact carbone : Transparence environnementale totale

🔧 Architecture Technique

  • Stack 100% open source : Open WebUI + Ollama + vLLM
  • Catalogue évolutif : Llama 3.1, Mistral, Gemma 3, Phi-4, DeepSeek-R1
  • Multimodalité : Support texte et image selon les modèles

🎓 Mission Pédagogique

  • Co-construction : Développé avec et pour les utilisateurs
  • Expérimentation : Comparaison en temps réel entre modèles
  • Formation : Montée en compétence de la communauté universitaire

7. En conclusion, quelle solution adopter ?

La première étape cruciale est de définir clairement vos objectifs. Quel problème essayez-vous de résoudre avec un LLM ? S’agit-il de génération de texte / image / audio / vidéo, de traduction, de résumé ou de chatbot ? Chaque cas d’usage a des exigences différentes en termes de performance, de latence et de coût. Par exemple, un chatbot en temps réel nécessitera une faible latence.

Pensez également à la sensibilité des données que vous allez traiter. Si vous manipulez des informations confidentielles, la sécurité et la conformité réglementaire deviennent des priorités absolues. Cela influencera grandement votre choix entre un modèle open source et un modèle propriétaire.

Pour vos données confidentielles, critiques ou sensibles, la combinaison LLM open source + RAG souverain n’est pas juste une option, c’est LA stratégie gagnante.

Pour prendre la meilleure décision, posez-vous les questions suivantes :

  • Quel est votre budget ? Les modèles propriétaires ont des coûts prévisibles, tandis que l’open source peut avoir des coûts d’ingénierie plus élevés.
  • Quelle est l’expertise technique de votre équipe ? Avez-vous les compétences pour gérer un modèle open source ?
  • Quelle est la sensibilité de vos données ? La confidentialité est-elle une priorité absolue ?
  • Quelle est la performance requise ? Avez-vous besoin des performances de pointe d’un modèle propriétaire ou un modèle open source peut-il suffire ?

En fin de compte, il n’y a pas de réponse unique. Le meilleur choix est celui qui correspond le mieux à vos objectifs, à vos ressources et à votre tolérance au risque . Vous pourriez même envisager une approche hybride, utilisant des modèles propriétaires pour certaines tâches et des modèles open source pour d’autres.